chronologie

      Revue de presse
en 1902


Étonnant destin que celui de François Louis Hector de Carondelet (fig.1), fils du baron de Noyelles Jean Louis de Carondelet et descendant d'une grande famille originaire de la Bresse et établie dans notre région au XVe siècle. En effet, après une carrière dans les gardes wallonnes au service du roi d'Espagne, il devint successivement Gouverneur de Salvador puis Gouverneur de la Louisiane Espagnole et enfin Président de l'Audience de Quito.

La famille de Carondelet
François Louis Hector de Carondet est issu d’une grande famille originaire de la Bresse dont on retrouve la trace depuis 1201 avec le baron de Chauldeÿ surnommé Caronde. Le fils de ce dernier sera appelé Carondelet par le duc de Bourgogne "à cause de sa taille petite et ronde" Ce sobriquet deviendra leur nom de famille mais leur cri de guerre restera : "A moi, Chauldeÿ".
Les Carondelet comptent nombre de personnages illustres dont Jean VI de Carondelet qui fut grand chancelier de Bourgogne à la fin du XVe siècle ou Jean Carondelet (fig.2) au XVIe, chancelier perpétuel de Flandre ou encore Paul de Carondelet, gouverneur de la châtellenie de Bouchain à la fin du XVIe siècle

François Louis Hector de Carondelet
Noyelles sur Selle
(fig.3)  le 29 juillet 1747. Le seizième enfant du baron Jean Louis de Carondelet voit le jour, sa mère, la seconde épouse du baron est Marie Angélique Bernarde de Rasoir, la fille de Louis François Joseph de Rasoir, seigneur d’Odomez. En 1762, à l’âge de quinze ans, François Louis Hector entre au service du roi d’Espagne. Il deviendra aide-major dans les gardes wallonnes. En 1775, il part pour l’Espagne, il réside à Barcelone. En 1779 il est lieutenant colonel et son talent l’élèvera au rang de colonel dans l’armée royale espagnole. En octobre 1777, Vicomte de la Hestre et seigneur d’Hayne Saint-Pierre (mais il est appelé Baron de Carondelet), il se marie avec Maria de la Conception Castaños y Arrigorri, native de la Corogne et fille de Juan Felipe de Castaños, intendant de Portugalete (port de Bilbao) et Maria de Arrigorri. Elle lui donnera deux enfants : Luis Angel (1787) et Maria Felipe Cayetana (1788). Mais cette alliance ne semble pas avoir eu l’assentiment de sa famille.
Le 1er mai 1779, il écrit à son frère (Alexandre Louis Benoît, chanoine de la Métropole à Cambrai, vicaire général de l’archevêché de Cambrai et seigneur de Briastre, qui gère ses affaires depuis son départ) et se plaint des critiques essuyées de la part de sa famille au sujet de son épouse, en particulier de l’animosité de sa sœur (Marie Thérèse Josèphe, épouse de Pierre Auguste Marie des Waziers, Comte de Roncq) qui accuse sa belle-soeur d'être "sans naissance". Dans sa lettre signée "l’espagnol", il évoque son possible prochain voyage à Noyelles dans l’été 1779 et annonce que si sa femme recevait le moindre désagrément de sa famille, il renoncerait pour toujours à remettre les pieds dans sa patrie. Si ce voyage a eu lieu, il a peut-être été le dernier car à partir de ce moment, François Louis Hector rentre dans l’anonymat, du moins dans notre région, c’est en Amérique qu’il poursuivra une carrière éblouissante. En 1784, il vendra par procuration et par l’intermédiaire du consulat général de France à Madrid "pour éviter toutes altercations et difficultés entre lui et son frère" les terres D’Hayne Saint-Pierre et de la Hestre à son aîné Jean Louis Nicolas Guislain, baron de Noyelles.

Au service du Roi d'Espagne
1781. Pendant la guerre d'indépendance américaine, François Louis Hector sert sur le théâtre d'opérations caraïbe, il participe au siège de Pensacola (fig.4) et à sa reprise aux anglais par les forces espagnoles .Mars 1789. Carondelet est nommé Gouverneur et Intendant de San Salvador ou l'exploitation de l'indigo avait épuisé la population indigène. Il facilite donc l'installation d'espagnols pauvres dans les vallées vides de population, ce qui explique que l'on peut encore aujourd'hui y rencontrer des personnes blanches, blondes ou rousses surtout dans la région de Chalatenango.

La Louisiane
13 mars 1791. François Louis Hector de Carondelet est nommé Gouverneur et Intendant des provinces de Louisiane (fig.5) et de Floride Occidentale. (La Louisiane, explorée par Cavelier de la Salle en 1682 était un immense territoire français s’étendant jusqu’au Canada. En 1763 la partie à l’est du Mississippi était cédée à l’Angleterre et la partie à l’ouest du fleuve cédée à l’Espagne en 1764. La partie espagnole, gouvernée de 1791 à 1797 par Carondelet, sera rétrocédée en 1800 à la France qui la vendra aux Etats-Unis en 1803)
Le nouveau  gouverneur, qui prend ses fonctions le 30 décembre 1791, se rend très vite compte des menaces qui pèsent alors sur la Louisiane Espagnole. Les pressions expansionnistes américaines encouragées par la France amèneront Carondelet à s'assurer les services d'un agent double, général de l'armée américaine : James Wilkinson (fig.6). Ces sont peut-être les énormes sommes versées à celui-ci en échange de renseignements qui lui coûteront son poste en 1797. 
Le Gouverneur Carondelet devra également faire face à un soulèvement de la tribu indienne Creek qui terrorise la Floride. En 1792, une flottille de neuf navires devra être envoyée pour libérer le poste de San Marcos que le chef Creek William Augustus Bowles
(fig.7) qui a servi dans l'armée anglaise lors de la guerre d'Indépendance) occupait depuis cinq semaines
.
Après cet épisode, le baron mènera une politique de réconciliation avec les Indiens. Il tentera également avec zèle mais manque de réalisme de les impliquer dans une grande alliance destinée à créer une première ligne de défense contre l'influence des Etats-Unis. Ces efforts seront ruinés par le traité de San Lorenzo en 1798 ou les revendications territoriales américaines ainsi que le droit de navigation sur le Mississippi seront acceptés.
La Révolution française sera une grande menace pour la Louisiane Espagnole. L'entrée en guerre contre la France en 1793 poussera Carondelet à renforcer les fortifications de la Nouvelle Orléans. La population française de la ville, est tentée par un retour de la Louisiane aux mains de la France. Le gouverneur doit alors renforcer les mesures de sécurité dans une ville ou retentit parfois la "Marseillaise". Même l'importation d'esclaves en provenance de la Jamaïque ou des îles françaises des Caraïbes est interdite par peur de voir se propager les idées insurrectionnelles. Des mesures extrêmement sévères (arrestations, bannissements...) permettront d'empêcher la Louisiane de basculer dans la révolution.
Les rebellions d'esclaves sont une source de troubles. Carondelet préférera à la seule répression une réglementation assurant aux esclaves un traitement acceptable. Des normes définiront ainsi la quantité et la qualité de la nourriture et des vêtements. Les esclaves auront aussi la possibilité de danser les samedis soirs dans le hall de danse de la ville (avec l'autorisation de leurs propriétaires). Devant le sévère déclin des exportations d'indigo et de tabac, les planteurs accepteront ces mesures.
Un autre adversaire pour le baron de Carondelet sera le Cabildo (conseil municipal ayant autorité sur la Nouvelle Orléans et sur toute la Louisiane). Celui-ci sera régulièrement en conflit avec le gouverneur mais aura rarement le dessus. Ainsi, Carondelet sera le premier gouverneur a ne pas justifier ses dépenses à priori devant le Cabildo qui devra se résoudre à accepter cette situation devant le bien-fondé de l'utilisation des ressources financières profitant largement à la ville.
Les réalisations du baron de Carondelet en Louisiane sont nombreuses. Un système de prévention des incendies est mis en place, la ville est très vulnérable au feu de par ses bâtiments en bois. Le 8 décembre 1794, un immense incendie détruit  212 bâtiments.
Les inondations sont une autre calamité récurrente, le gouverneur fait assécher les marais en perçant un canal derrière la ville qui assure également l'accès à la mer à travers le lac Ponchartrain. Ce canal gardera la nom de Carondelet. Des vannes seront également construites pour protéger la ville des inondations.
En 1794, Carondelet commande 80 réverbères à Philadelphie et installe un système d'éclairage de la ville inspiré de celui de la Havane. Le financement est assuré par une taxe sur les cheminées. Sur cette question, le gouverneur devra affronter le Cabildo qui craint les risques d'incendie.
Les ouragans, la famine et la fièvre jaune sont les autres grands fléaux auxquels doit faire face le baron. La fièvre jaune sera le plus meurtrier d'entre eux. En 1796, six cent trente huit personnes soit sept pour cent de la population en meurent dont le frère du baron, Alexandre (cité plus haut). Emigré à la Révolution, il avait rejoint son frère en Louisiane. 
Août 1797, François Louis Hector de Carondelet quitte la Nouvelle Orléans, il est promu Vice-Roi de la Nouvelle Grenade et devient Président de l'Audience de Quito. Il jouit alors de la réputation d'avoir été un des plus actifs et énergiques gouverneurs espagnols.

Quito
Dès son arrivée, le nouveau Président est confronté à des conspirations contre la métropole fomentées par des disciples d’Eugénio Espejo, précurseur des idées libertaires et partisan de l’autodétermination (mort en 1795). Ces évènements conduiront à la Révolution de Quito après le décès du baron, au rattachement de l’Equateur à la Grande Colombie en 1822 et à l’indépendance en 1830. Les soulèvements des Indiens sont, dès son arrivée, une autre préoccupation de Carondelet, il doit assurer le ravitaillement de la capitale et éviter la spéculation sur les denrées alimentaires. Pour assurer la sécurité, il instaure un service de rondes et de vigilance, encourage les bonnes mœurs et la moralité. Il va jusqu’à réglementer le carnaval et interdire les masques. Même les corridas ne sont pas épargnées : les taureaux verront leurs cornes épointées !
Le sujet le plus important qui occupa ses premiers jours de gouverneur fut la reconstruction de la ville de Riobamba, complètement détruite par un tremblement de terre .En collaboration avec un notable local, José Antonio Lizarzaburu et les habitants eux-mêmes, il veille à la désignation du site, au nouveau tracé des rues et des places, à la reconstruction des habitations et des édifices sans oublier le système de distribution d’eau. Tous ces travaux se firent sans aide matérielle de la couronne qui resta sourde aux arguments de Carondelet.
Une autre œuvre d’importance du Président fut la reconstruction de la cathédrale de Quito
(fig.8). En plus des murs, des coupoles et d’un parvis grandiose, Carondelet voulut donner à la cathédrale une ornementation intérieure magnifique. Il fit reconstruire le chœur par le célèbre sculpteur Caspicara. Pour les peintures et les retables, il fit appel aux meilleurs peintres de ce temps, Manuel Samaniego et Bernardo Rodriguez. L’évêque Cuero y Caicedo seconda avec enthousiasme les travaux de Carondelet. La cathédrale abrite toujours un portrait de Carondelet attribué à Manuel de Samaniego y Jaramillo et offert en signe de gratitude par les autorités religieuses de Quito.
La capitale était reliée à la mer par un mauvais chemin qu’avaient emprunté les académiciens français 60 ans auparavant (l'expédition de Godin et la Condamine destinée à la mesure de la courbure de la terre près de l'Equateur) . Le baron de Carondelet entreprit en collaboration avec Pedro Maldonado de le transformer en véritable route commerciale. Il risqua sa santé dans des explorations de reconnaissance du terrain et obtint l’appui des curés des villages pour obtenir de la main d’œuvre indigène. Pour terminer cette œuvre, Carondelet lança une émission d’actions de 1000 pesos au taux d’intérêt de 5%. Malheureusement, l’opposition de Guayaquil (port commercial du sud du pays), inquiète pour ses affaires, obtint du gouvernement l’interdiction du commerce par cette voie qui avait coûté tant de sacrifices. L’entreprise fut pourtant couronnée de succès, les conseils municipaux de Quito et d’Ibarra exprimèrent leur gratitude pour cette réalisation au nom de la population. Des villages furent fondés le long de la route comme Malbucho le 5 août 1803. Au bord du Rio Bogota se fixa une population dont le village prit le nom de San Luis de Carondelet
Après avoir été un grand gouverneur de Louisiane, François Louis Hector de Carondelet aura été en remplissant ses fonctions avec sévérité et tact un grand Président de la Real Audiencia de Quito. Il mourut à Quito à l’âge de 60 ans le 10 août 1806.

Le souvenir
Que ce soit en Louisiane ou en Equateur, le nom de Carondelet n'a pas été oublié. En voici les exemples les plus significatifs.
Dans une époque très troublée, il a su mériter la confiance des louisianais y compris de ceux qui étaient très loin de lui. En 1794, une petite bourgade de cent quatre vingt habitants nommée Vide Poche et située près de Saint Louis mais à mille kilomètres de la Nouvelle Orléans adopte le nom de Carondelet. Aujourd’hui, c’est une ville de la banlieue de Saint Louis comptant dix mille habitants et dont l’hôpital, le collège et une avenue portent le nom du gouverneur. Pendant la guerre de sécession, une canonnière baptisée « USS Carondelet »
(fig.9) participa au bombardement de Vicksburg (1863).
En Equateur, nous avons vu plus haut qu'un village avait adopté son nom mais la reconnaissance des Equatoriens ira jusqu'à laisser son nom au palais présidentiel
(fig.10).

Sources
Archives Départementales du Nord

Sites Internet : (liste non exhaustive)
- Columbia Encyclopedia
- Encyclopedia Louisiana : Spanish governors of Louisiana  Site de la ville de Carondelet
- El Salvador.com
- Department of the Navy
- Cronología de la Historia Resumida del Ecuador
Ces sites internet sont facilement accessibles par les moteurs de recherche (rechercher Carondelet)

Articles d’Eduardo Muñoz Borrero et Fray Agustin Moreno aimablement communiqués par M. José Ayala Lasso, Ambassadeur de l’Equateur en France que je remercie.

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1. François Louis Hector de Carondelet

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2. Jean Carondelet, chancelier perpétuel de Flandre (détail du diptyque Carondelet par Jan Gossaert, dit "Mabuse", musée du Louvre)

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3. L'arrière du diptyque Carondelet, avec les armes qui sont devenues celles de Noyelles sur Selle

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4. La Floride Occidentale et le sud de la Louisiane à la fin du XVIIIe siècle

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5. La Louisiane Espagnole (limites rouges)

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6. J.Wilkinson

 

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7. W.A.Bowles

 

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8. La cathédrale de Quito

 

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9. L'USS Carondelet

 

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10. El palacio de Carondelet
(Palais présidentiel d'Equateur)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Noyelles sur Selle  
  (Carondelet)

      Plan terrier      
 d'Haspres

      Plan terrier de     
   Neuville sur Escaut